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C o l l o q u e   i n t e r n a t i o n a l

Le travail de la littérature.

Usages du littéraire en philosophie

Université Paris-Est Créteil/École Normale Supérieure-Paris

19-20 mai 2011


Le but de ces deux journées d’études est de poser et d’essayer de répondre à une série de questions qui apparaissent de plus en plus incontournables, surtout pour ceux qui conçoivent la philosophie comme une façon de réfléchir sur les usages de nos mots ordinaires et sur les pratiques de notre vie quotidienne. Ces questions portent sur les rapports que la philosophie entretien avec la littérature. Qu’est-ce que la littérature a à apporter à la philosophie, à travers la spécificité de l’expérience (à la fois esthétique, épistémologique et morale) qu’elle nous propose ? Qu’est-ce que les œuvres littéraires apprennent aux philosophes ? Et en retour, en quoi modifient-elles notre façon de faire de la philosophie ?

Plusieurs auteurs contemporains ont déjà montré qu’il ne s’agit pas (ou plus) de « subordonner » la littérature à la philosophie, en considérant uniquement les œuvres littéraires comme des sources d’exemples édifiants, comme un moyen d’éduquer à travers la transmission d’un contenu défini qu’il faudrait seulement « apprendre » à la manière d’un répertoire de figures normatives. Bien au contraire, il faut nous demander si l’intérêt « philosophique » de la littérature ne réside pas dans la spécificité de l’aventure (C. Diamond) qu’elle ouvre aux lecteurs ; en d’autres termes, s’il ne réside pas dans un type d’ « exemplarité » qui n’a rien à voir avec la transmission d’une vérité éternelle par des modèles « illustratifs » de pensée et de conduite, mais qui a plutôt à voir avec la libre expérimentation de nouvelles façons de vivre et la mise à l’épreuve critique de toute vérité préalablement acceptée. Une telle façon d’entendre l’expérience de la littérature nous force à parler d’ « usages » du littéraire avec beaucoup de précaution : si la lecture des œuvres littéraires est considérée comme une aventure, la philosophie ne peut pas s’arroger le droit de l’ « utiliser » comme un pur instrument au service de ses propres fins. La philosophie elle-même se trouve, au contraire, « mise en jeu » dans cette aventure, et la question devient alors de savoir si les philosophes auront vraiment le courage de s’adresser aux textes littéraires non plus du point de vue rassurant d’une connaissance morale préformée, mais en s’engageant à travers eux dans une véritable mise à l’épreuve de leur propre connaissance, de leur rapport aux autres et au monde – bref, de la manière de vivre qui est la leur.

La question de ce rapport au littéraire se pose avec d’autant plus d’acuité que les philosophes sont confrontés à des textualités de type littéraire, à l’intérieur même des textes de la tradition philosophique. Il s’agit donc aussi de s’interroger, au-delà même du rapport à des textes qui ont, historiquement, été désignés comme « littérature », sur la manière dont la philosophie peut constituer « le littéraire » comme un objet d’étude spécifique. Quelles conséquences cette interrogation a-t-elle sur nos manières de concevoir le rapport aux textes, à l’argumentation, à la représentation ?

À travers ces deux journées d’études, nous aimerions donc susciter une discussion sur ces thèmes, à partir d’un dialogue pluridisciplinaire. Nous voudrions mettre en résonance des points de vue différents provenant de différentes approches philosophiques du littéraire, mais aussi de perspectives littéraires qui posent la question des usages de la littérature en philosophie. Nous aimerions en particulier développer la question des rapports de la philosophie aux œuvres littéraires en réfléchissant sur le statut de l’exemple en littérature et en philosophie, mais aussi sur les questions du langage, de l’éducation, de la connaissance, des valeurs, de la vie quotidienne et de la vérité, ainsi qu’elles émergent des « usages » du littéraire en philosophie. Enfin, c’est la question de la transformation du regard philosophique à travers l’expérience du littéraire que nous voudrions soulever, c’est-à-dire la question du (possible) glissement de la preuve à l’épreuve, et du rapport entre monter et montrer.


Jeudi 19 mai, Université Paris-Est Créteil

- 61 av. du Général de Gaulle, Créteil, bâtiment i, salle 222 -
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Matinée – Président de séance : Pierre Chiron (Université Paris-Est Créteil)

09h30 Introduction au colloque : Daniele Lorenzini et Ariane Revel
10h00 Pierre Macherey (Université Lille III-Charles de Gaulle) : À quoi la littérature fait-elle penser ?
10h30 Philippe Sabot (Université Lille III-Charles de Gaulle) : Que nous apprend la littérature ?
11h00 Discussion
11h30 Pause
12h00 Martin Rueff (Université de Genève/Università di Bologna) : Une poétique des énoncés moraux est-elle possible ?
12h30 Judith Revel (Université Paris I-Panthéon Sorbonne) : Prose du monde ou ordre du discours ? La littérature, un enjeu politique
13h00 Discussion

Après-midi – Président de séance : Frédéric Gros (Université Paris-Est Créteil)

15h00 Marielle Macé (CNRS/EHESS) : Stylistiques de l’existence, entre philosophie et littérature
15h30 Jérémy Romero (Université Paris-Est Créteil) : La mort et les mots chez Foucault : la littérature comme passage à la limite
16h00 Discussion
16h30 Pause
17h00 Frédéric Worms (Université Lille III/ENS-Ulm) : De l’autofiction à l’œuvre-témoignage : littérature et philosophie dans le moment du vivant
17h30 Vincent Delecroix (EPHE) : La philosophie comme genre littéraire
18h00 Discussion

Vendredi 20 mai, École Normale Supérieure

- 29 rue d’Ulm, Paris, salle Jules Ferry -
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Matinée – Président de séance : Jean-Charles Darmon (UVSQ/ENS-Ulm)

09h15 Accueil et présentation de la journée
09h30 Sandra Laugier (Université Paris I-Panthéon Sorbonne) : Littérature et expressivité morale
10h00 Emmanuel Halais (Université de Picardie Jules Verne) : Littérature et philosophie morale : la perspective d’Oscar Wilde
10h30 Discussion
11h00 Pause
11h30 Solange Chavel (ENS-Ulm/CURAPP) : Montrer et démontrer : l’exemple de la frontière
12h00 Marie McDonough (University of Chicago) : Circulation, résistance, perméabilité : Cavell et la littérature écologique américaine
12h30 Discussion

Après-midi – Président de séance : Frédéric Worms (Université Lille III/ENS-Ulm)

14h30 Barbara Carnevali (IEA-Paris) : « Être, c’est être perçu » : ce que Proust enseigne à la philosophie sociale
15h00 Valérie Gérard (ENS-Ulm) : Lire, écrire, la vie des autres
15h30 Discussion
16h00 Pause
16h30 Arnold I. Davidson (University of Chicago/Università di Pisa) : Exercices spirituels, improvisation et perfectionnisme moral : à propos de Sonny Rollins
17h30 Discussion conclusive

Colloque organisé par l’EA Lettres, Idées, Savoirs de l’Université Paris-Est Créteil et par le CIEPFC (Cirphles USR3308 CNRS) de l’École Normale Supérieure-Ulm. Toute personne intéressée est cordialement invitée, dans la limite des places disponibles.

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Programme (.pdf)

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